L’« expression citoyenne » est d’abord une prise de parole, une expression à caractère public relative à la vie en société. Elle diffère en cela de l’expression personnelle, et à ce titre demande une plus grande attention dans l’organisation de la liberté, dans l’extension des « droits à communiquer ».
Journaux, tracts, affiches, radios, discours, théâtre, poèmes, musique, télévision, cinéma, vidéos : les formes d’expression et les médias sont aussi variés que les moyens de communication. Il en va de même des types d’expressions : individuelle, associative, artistique, partidaire, forum, pétition, vote... qui reflètent la diversité des interventions au sein de la société. citoyen, qui habite Le mot "citoyen" est formé à partir de civitas qui désigne la cité, lui-même formé sur "civis" qui signifie citoyen, qui habite la cité. Le terme de "citoyen", intégré dans la Marseillaise, hymne national français, et employé durant la Révolution de 1789, est probablement plus fort et plus chargé d’histoire en France que dans d’autres pays où il est utilisé dans un contexte uniquement descriptif et fonctionnel.
La citoyenneté s’exprime historiquement sur un territoire, géographique ou symbolique (« citoyen du monde »). Elle se développe dans des sociétés ouvertes au sein desquelles peut se constituer un espace public. Outil essentiel de l’extension de la démocratie, l’expression citoyenne est l’expression individuelle ou collective qui parle des relations aux autres, de la vie dans la cité et en société.
Pour prendre sens dans la société, l’expression libre, non censurée, créatrice de mondes nouveaux doit pouvoir agir sur le réel. Ainsi l’expression est confrontée à une limite : celle de la décision et de l’action.
Les peuples, qui ont appris à lire et écrire et obtenu petit à petit l’extension des droits
démocratiques, revendiquent aujourd’hui un droit de regard sur la manière dont ils sont
gouvernés et une justification des décisions prises. C’est dans cette interaction avec la décision
que l’expression citoyenne se confronte à la « gouvernance ».
Comment assurer la continuité entre "expression citoyenne" et "décision citoyenne" ?
Les sources d’information, condition préalable à l’expression, nécessaires à la formation
d’une opinion sont-elles accessibles ?
Comment assurer à l’expression une qualité argumentaire qui lui donne force et liberté ?
Comment le décideur politique intègre-t-il ce qu’il entend monter de l’expression
citoyenne ? La décision prendra-t-elle en compte ce qui aura été exprimé ?
Les usages d’Internet pour l’expression citoyenne ont déjà quelques succès, notamment en étant capable de relier les questions locales aux questions globales : aménagement de la ville, budget participatif, exclusions sociales, inégalités Nord-Sud, brevetabilité du vivant, Organismes Génétiquement Modifiés, droits et place des femmes..., autant de thématiques qui n’ont pris leur place au sein des sociétés ouvertes qu’au travers du débat et de l’expression citoyenne.
À côté d’une fonction démocratique,par la confrontation des arguments, l’expression publique, l’expression d’un public, remplit aussi une fonction identitaire : s’affirmer face aux autres. Pour l’expression des publics éloignés, c’est souvent l’identité qui est un ressort de cette expression publique. Elle est le résultat d’un décalage entre l’image projetée par le groupe et l’image que le groupe a de lui-même. Stigmatisé, un groupe cherche à s’approprier ce stigmate et à l’inverser, ou tout au moins à en faire une ressource identitaire mobilisable.
L’expression citoyenne nous renvoie ici à une reconnaissance des personnes (individuelle et collective). Les capacités de l’internet à projeter cette revendication d’identité en font aussi une technologie qui construit du lien social.
Du point de vue des habitants, cette demande de débat public argumenté, de reconnaissance
des personnes pose les jalons d’une démocratie participative qui prolonge la démocratie
représentative.
Accorder de l’attention à l’expression c’est aussi reconnaître l’importance des points de vue
des citoyens.
Selon les modes de participation choisis, les formes d’expression varient :
l’information est une expression descendante qui n’attend pas de retour.
la consultation demande un avis qui sera comptabilisé (vote) ou synthétisé (enquête
d’utilité publique).
la concertation implique un dialogue qui puisse influer sur la décision.
la co-construction fait appel à l’intelligence collective à l’expertise d’usage des citoyens
pour co-produire aux côtés des experts et des élus dépositaires du pouvoir.
Cette dernière forme, assez rare aujourd’hui, est certainement la plus aboutie, mais aussi la plus exigeante et complexe de la démocratie participative.
L’expression citoyenne contestataire joue aussi un rôle de préservation de l’ensemble du système démocratique en osant poser des problèmes souvent ignorés ou délaissés par les dirigeants.
L’expression citoyenne est synonyme d’une certaine liberté, acquise ou revendiquée. Les sanctions et menaces encourues pour des paroles et des écrits publics témoignent du caractère non démocratique d’une société, comme on le constate encore couramment dans de nombreux pays.
Les tribunes de personnalités, de responsables associatifs d’opposants politiques à la majorité, ou l’expression d’organisations non gouvernementales, de réseaux militants, de mouvements sociaux font partie d’une expression citoyenne dans la mesure ou elles sont des expressions de personnes, acteurs de la cité. Mais elles n’en constituent qu’une petite partie.
Il nous faut interroger la fonction symbolique de l’expression : qui se sent légitime pour parler ? Sur quelle base cette légitimité se construit-elle ? Nombre d’expressions utilisent un « nous » indéterminé qui prête à confusion.
Il ne suffit pas que quelques « citoyens » ayant accès aux médias de communication, aux lieux de débat s’autoproclament expression citoyenne pour que les conditions d’une expression citoyenne de qualité soient réunies. Si la liberté d’expression est une condition de base de l’expression citoyenne, elle est loin de suffire.
Rares sont les personnes qui prennent la parole ou la plume. En regardant autour de soi chacun-e constatera que l’expression publique n’est pas facile pour la plupart des personnes. Poser des écrits sur la place publique n’est pas un acte pas anodin. Donner à voir et à débattre est déjà un acte politique, constitutif d’un projet (de vie ou de société), constitutif d’une identité (personnelle ou de groupe) et constitutive de trajectoires sociales.
Ainsi, l’expression citoyenne ne va pas de soi, elle implique aussi un parcours, un accompagnement, un regard critique, une reconnaissance individuelle et collective des personnes.
Le chemin est long pour que l’expression citoyenne soit un droit effectif comme le vote. Un chemin qui passe d’abord par l’apprentissage, la formation à l’expression et par une mutation culturelle : l’intériorisation par le plus grand nombre que cette expression est non seulement un droit mais aussi un ressort de transformation sociale.
Rares aujourd’hui sont les politiques publiques qui favorisent et accompagnent cette prise de parole.
C’est pourquoi l’expression citoyenne est non seulement une prise de parole, une expression à caractère public relative à la vie en société mais aussi le produit d’un accompagnement, d’un apprentissage. C’est l’ensemble d’un processus qui permet l’accès à la prise de parole des habitant(e)s d’un territoire, pour ce qui concerne la vie en société, dans une démarche participative.
Cette idée de processus évoque une dynamique en construction, une organisation collective, une reconnaissance des identités collectives et individuelles qui restent à travailler par l’observation, la compréhension l’analyse et le rapprochement de situations. Dans quelles conditions sociales, quel contexte politique se développe l’expression citoyenne ? quels liens avec les démarches participatives mises en oeuvre ?
Aujourd’hui l’expression citoyenne nous interpelle comme habitant de la ville et citoyen du monde explorant de nouvelles régulations du vivre ensemble. Alors que les frontières du local et du global se mêlent de plus en plus étroitement, les mutations liées à l’ère informationnelle se répercutent sur l’expression et la participation citoyenne.
Le numérique introduit plusieurs ruptures :
le codage de l’information rend l’information reproductible : ce que je reçois est aussi
disponible aux autres, ce que j’écris peut circuler ;
la convergence numérique agrège au fil des progrès technologiques la possibilité
d’échanges numériques de données, textes, photos, sons et images animées ;
les formes de l’expression citoyenne se multiplient, permettant à chacun de prendre
« parole » en fonction de ses meilleurs aptitudes.
Les réseaux électroniques connectent les personnes au delà des frontières par de multiples objets communiquants reliés entre eux par les ondes, les réseaux câblés ou téléphoniques. La censure locale devient impossible, l’information touche les diasporas, la citoyenneté locale se vit sous le regard du monde.
Jusqu’à peu, l’expression d’un individu était limitée par la portée de l’oral ou de l’écrit. L’avènement des médias de masse a démultiplié les capacités à recevoir l’information. On est loin de retrouver une telle extension pour qu’un citoyen ordinaire puisse accéder aux journaux, aux radios ou télévisions pour s’y faire entendre.
Les réseaux électroniques et les nouvelles cultures numériques ouvrent a contrario des possibilités inédites pour l’habitant « connecté » de la cité de s’exprimer et d’interagir avec la sphère sociale, publique et politique.
Si les laboratoires d’informatique ou de télecommunications sont au coeur de l’essor des innovations technologiques, les échange entre personnes sont un élément essentiel du développement des usages.
Les applications majeures de l’ère numérique, telles que mél, web, chat, pair à pair, blogs..., ont été inventés et plébiscité au sein de communautés d’usagers.
La diffusion dans la société des outils numériques s’accompagne de l’émergence de nouvelles pratiques de communication. Les millions de sites du web deviennent une source d’information concurrente des médias de masse. Dans un moment de débat politique un blog, oeuvre d’une personne, peut se hisser au même niveau de lectorat qu’un journal ou une radio, avec l’interactivité en plus. Sur un territoire local, un webzine s’affirme en contrepoint à l’expression municipale [1]. Des sites collectifs, à l’image d’Indymedia, le réseau d’information contestataire le plus connu, se placent en alternative de témoignage aux compte-rendus de manifestations ou d’événements.
Cette émergence, à côté des médias diffusés « un vers tous » (journaux, radios, télés...), de médias distribués où c’est l’expression de personnes ou de collectifs qui prédomine, interpelle aujourd’hui les formes de la gouvernance. La diffusion rapide des informations à travers le monde permet l’organisation de mouvements d’opinions sous formes de réseaux inédits. L’accès à l’information contradictoire ouvre le débat et impose aux décideurs d’argumenter. La confrontation des idées accélère l’élaboration collective de propositions qui se posent en alternatives.
Lorsque le succès d’un média distribué vient de la qualité de ses contenus et de son animation, cela ne peut qu’interpeller les décideurs habitués à une diffusion hiérarchique au nom de leur fonction en direction de celles et ceux qui les ont directement ou indirectement mandatés. La participation est une culture en émergence qui a encore peu de place dans des sociétés largement organisées autour de la représentation et des mandats accordés ou octroyés.
Il est aussi nécessaire de s’interroger sur les valeurs d’usage des médiations par ordinateurs. Les articulations entre « agir localement et penser globalement », pertinentes dans le cadre des Nouveaux Mouvements Sociaux, ne fonctionnent que pour une frange limitée de la population.
En effet, les expressions par oral, par écrit, par gestes ne relèvent pas des mêmes habiletés ni des mêmes codes. Discuter sur un chat, envoyer un courriel sur une liste de diffusion, poster sur un forum, ouvrir un blog, écrire sur un site associatif, prendre la parole sur un site public, fabriquer une radio ou une vidéo : tout le monde ne dispose pas des mêmes outils culturels, intellectuels, cognitifs (sans parler de l’outillage technique) pour s’emparer des nouvelles formes d’expression. Étendre ces pratiques vers tous-toutes les citoyen(ne)s devient une tâche qui doit concerner tous les acteurs de l’expression citoyenne.
Le succès des médias distribués témoigne aussi d’une défiance vis à vis des décideurs publics et des médias de masse. La diffusion des mêmes images sur toutes les chaînes de télévision, les textes interchangeables de la presse quotidienne alertent les citoyens actifs sur la concentration des médias de masse. Pourtant, on constate que les plus grands succès du P2P sont les mêmes que ceux du Top 50 !
Les médias distribués, reflet de pratiques sociales émergentes, peuvent aussi favoriser la répétition d’un modèle « qui marche » plutôt que son contournement pour inventer une autre manière de dire.
C’est ce mouvement en émergence que nous nous proposons d’interroger.
Pour que l’expression existe, il lui est nécessaire de disposer de médias pour la difffuser. C’est ici que l’apport des outils numériques lève certaines barrières d’accès aux médias de masse quasi infranchissable hier pour un-e citoyen-ne ordinaire.
Il devient possible à partir d’un ordinateur connecté de publier un magazine d’information communal, de réaliser un site expert sur un sujet de société en débat, de relier rapidement des informations des 4 coins d’un pays ou de la planète. Le témoignage en provenance directe des acteurs devient un moyen essentiel de promouvoir une relation des événements qui prenne en compte tous les points de vue et toutes les situations. On a pu le voir lors des dernières catastrophes naturelles qui ont secoué le globe.
Mais sur les millions de blogs, très peu relèvent de l’expression citoyenne, l’immense majorité vise d’abord à l’expression personnelle ou au sein de petits groupes. Et comme pour les journaux de quartier, les publications associatives, les radios libres nous devons constater que l’écriture collective qui fait débat, qui relie les gens sur un territoire ou qui apporte du sens, concerne aujourd’hui très peu de gens. Les sites de publication dépassent rarement la centaine de rédacteurs, l’immense majorité des lecteurs ne franchit pas spontanément le pas vers la rédaction ou l’écriture de commentaires.
L’expression citoyenne est une activité en devenir, un projet. Ce qui nous importe aujourd’hui, c’est à la fois de s’appuyer sur les expériences qui vont de l’avant, et aussi de permettre un transfert du savoir-faire qui s’y développe vers les populations qui s’expriment le moins. Car les outils d’écriture collaborative ou les logiciels libres nous montrent que l’envie de participer au bien commun peut rassembler des milliers de personnes autour d’un projet coopératif.
Les médias distribués rendent possible la mise en mouvement de larges communautés qui s’impliquent pour co-produire des contenus habituellement diffusés par les structures publiques. Qu’il s’agisse des outils de bureau pour communiquer (Open Office, Firefox...), d’encyclopédies (Wikipedia), de cartes, d’atlas (Open Geodata), de revues scientifiques (appel de Budapest), de connaissances rendues accessibles (les sites de formation et d’auto-formation sur internet), de contenus pédagogiques (Open Courseware)..., les initiatives venant directement des individus et des groupes se multiplient en dehors des institutions qui en ont pourtant la mission. Toutes ces démarches qui nourrissent un patrimoine commun du savoir ne se vivent pas forcément comme politiques (parmi les contributeurs de wikipedia, nombreux sont ceux qui font ça par jeu, par passion...). Pour autant, elles participent de l’émergence de la nouvelle forme de l’expression citoyenne.
De la même manière, les artistes qui utilisent le multimédia participent de ce mouvement. La représentation numérique par le texte, l’image ou le son, le recours à la simulation, à la 3D, au sampling et au remixage, la multiplication des oeuvres collectives, ouvertes aux interactions, démultiplient les champs d’investigation des artistes. Y compris, certains collectifs artistiques investissent ce champ d’expression en lui donnant une dimension politique.
Devant cette profusion d’expérience, de volontés, devant les difficultés rencontrées pour élargir le nombre des participants, tout un travail reste à faire pour interroger les multiples formes de l’expression citoyenne et les conditions de son essor.
Les technologies de l’information et de la communication démultiplient les prises de
parole possibles pour celles et ceux qui en possèdent les clés d’accés et d’usage. Pour
qualifier l’expression citoyenne, pour élargir ses acteurs, il est nécessaire de s’interroger en
permanence :
qui prend la parole ? (nombre, place sociale), au nom de qui ?
pourquoi ? (en quoi se sentent-ils légitimes de le faire ?)
comment (par quels médias, parole individuelle ou collective) ?
quel est le dispositif qui permet cette prise de parole ? (technique, cognitif...)
quel accompagnement le rend possible ? (initiation, médiation, formation...)
Qqelle prise en compte de cette expression dans la gouvernance ? (quels relais, quelle
incorporation dans les processus démocratiques classiques ?)
quelle prise en compte des personnes naturellement éloignées de la prise de parole dans un
souci d’équité ?
quelle différence entre "expression citoyenne" et "opinion publique" ? L’une est-elle le
fruit de l’autre ?
Alors que les débats traditionnels concernant la « liberté d’expression » et le « droit à l’information » portent sur l’organisation sociale d’outils de diffusion de l’information (liberté de la presse), sur leur pluralisme (contrôle économique ou politique des médias) et sur la
capacité des habitants d’une zone géographique (ville, pays, région,...) à accéder à une
information indépendante, l’irruption de l’internet vient bousculer ce paysage.
Grâce aux médias distribués de l’internet, l’expression citoyenne questionne les formes
d’organisation de la démocratie, en l’étendant vers plus de participation.
Comment chaque habitant peut-il utiliser ce réseau pour communiquer publiquement ?
Non seulement échanger entre pairs, entre amis ou au sein de réseaux associatifs, mais comment l’écriture multimédia sur la scène publique de l’internet vient-il bouleverser les rapports que les citoyens entretiennent avec l’information et avec ceux qui les gouvernent ?
Comment faire entendre les besoins des populations et faire émerger les solutions qui reposent dans l’intelligence collective ? Les outils sont disponibles (e-mail, sites web, blogs, encyclopédies coopératives, partage de fichiers,...) mais un nouveau savoir-faire, un « savoirdire », doit être inventé et transmis à tous, notamment aux secteurs marginalisés.
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La démarche « écrit public » développée par la ville de Brest au sein du service Démocratie Locale et Citoyenneté est une volonté de favoriser l’expression publique dans la cité par l’utilisation active des outils de l’internet et du multimédia. À côté des politiques publiques centrées sur les services en ligne et le soutien aux entreprises et laboratoires des technologies de l’information et de la communication, c’est ici un accompagnement d’usages dans un souci de lien social, de participation et d’innovation sociale dans la cité qui est proposé.
Cette politique s’inscrit dans la continuité du soutien aux journaux de quartier mis en place depuis une quinzaine d’années sur la ville, de la co-animation avec la Ligue de l’enseignement du collectif de journaux. Les rencontres « Ecrits ecrans publics » de janvier 2006 [2] ont symboliquement croisé ces pratiques d’expression des journaux et de cultures numériques.
Le projet EXPERT a été l’occasion de prolonger cette démarche et d’y d’apporter un regard extérieur source de réflexion pour la poursuite d’une politique publique favorisant l’« expression citoyenne ».
L’écrit public à Brest vient après 6 ans de déploiement de PAPIs (Points d’Accès Publics à Internet - 63 actuellement à Brest) visant une appropriation sociale des outils d’Internet dans la ville tant dans la population que parli les acteurs du service public local au sens large (collectivités locales, services d’intérêt général,, équipements de quartier, associations...)
Le volet « écrit public » correspond à une volonté de ne pas en rester à un développement de l’usage passif, pour accompagner l’écriture locale, source possible d’autonomie de reconnaissance des personnes, de lien social et de participation à la vie de la cité. La toile du web étant par nature publique, ainsi est née l’expression « écrit public ».
Le projet Expert s’est intéressé au volet écriture centré sur la publication par Internet (en utilisant SPIP), axe essentiel du développement soutenu par la ville de 2002 à 2005. En parallèle, les médias d’expression numériques se sont diversifiés. L’appel à projet annuel sur les usages [3] qui constitue un levier de l’accompagnement a ainsi mis en valeur le développement des vidéos en 2004 puis celui des radios en 2005.
La rencontre « écrits écrans publics » évoquée plus haut constituant là aussi une vitrine de cette convergence des pratiques autour d’un écrit public devenu aujourd’hui multimédia.
En parallèle avec la démarche précédente sur l’accès public la ville a eu le souci d’accompagner la diffusion des usages de l’écrit public (c’est à dire à ce moment de publication sur le Web) dans le réseau des acteurs au sein de la ville.
Le projet EXPERT s’est inscrit dans cette démarche en renforçant le dispositif de formation en accompagnant le projet de place publique locale et en permettant un regard extérieur critique sur la démarche engagée.
Le premier axe est constitué du dispositif d’ateliers mis en place en partenariat avec Anne Dhoquois du magazine Place publique et Aude Barthélémy de l’association Infini pour accompagner l’appropriation de l’écrit par la publication sur le Web.
Nous avons fait le choix d’accorder une place importante dans ces ateliers aux règles d’écriture de type journalistique : rédiger une brève, titrer un article, réaliser une interview... dans la lignée de l’approche publication retenue pour l’écrit public.
Ceci correspond aussi à une phase d’appropriation de ces outils facilitant l’écriture sur le Web sans connaissance de langage et de syntaxe informatique qui se diffuse dans les réseaux de l’internet citoyen en France entre 2000 et 2004 en amont du mouvement des blogs : réseau de l’Internet Citoyen Créatif et coopératif « I3C » (2000), Rencontres Remics à Bordeaux (2001) , rencontres I4C à Brest (2002), forum des usages coopératifs à Brest (2004)...
La ville de Brest se caractérisant dans ce mouvement par une volonté de diffusion locale à l’échelle d’un territoire de ces pratiques dans la ville.
Les ateliers mis en place.
La formation à l’outil, indispensable, n’a constitué qu’un quart des séances, pour une moitié à cet accompagnement de l’écrit. Elle continue à être proposée dès qu’il s’agit par exemple d’un nouveau projet de site ou d’élargir le nombre de rédacteurs d’un magazine.
Le dernier quart a été l’occasion d’ouvertures aux questions techniques (développement des architectures de site) et aux questions de droits associés aux contenus avec notamment un important travail d’information et d’appropriation autour des contrats « Creative Commons ».
Dans ce dispositif d’écriture la dimension participative est importante. Au sein de la ville ces outils ne sont utilisés qu’au sein de délégations et de services ayant fait le choix de cette démarche : conseils de quartiers, projet éducatif local, citoyenneté et nouvelles technologies. Dans les associations, nous retrouverons cette démarche participative [4] à côté d’une utilisation de la publication comme outil pratique et peu onéreux de communication et d’information.
Le projet EXPERT a ainsi permis de renforcer cet accompagnement pour proposer 3 types de formations (de 2003 à 2005) :
Le public.
Durant cette période ce sont plus de 200 personnes qui ont participé au moins une fois à ces ateliers. Il s’agit plutôt d’acteurs de la vie locale évoluant dans des associations autour de la solidarité internationale, du multimédia, de la vidéo, de la publication (journaux de quartier), des loisirs. Mais aussi de professionnels du service public (mairies, CAF, bibliothèques, animateurs multimédia).
Le retour des ateliers.
La plupart des participants avaient déjà un projet d’écriture, associatif ou professionnel. Ils venaient avec une demande bien précise : apprendre à écrire, communiquer, apporter une parole compréhensible.
D’autres, qui savaient déjà écrire, avaient pour objectif d’améliorer leur écriture.
Enfin, certains qui avaient des problèmes avec l’écrit, cherchaient par le biais de la formation à se réconcilier avec l’écrit. Il s’agissait alors là d’une initiative personnelle. Mais pour l’ensemble, il ressortait un réel plaisir d’écrire...
La participation à ces formations était relativement importante (jusqu’à 28 participants !) Elles se sont diluées en 2005, pour aller vers une demande plus locale : site de quartiers, demande d’un journal, d’une association, d’un service... Peut-être avions-nous fait le tour des thématiques ?
Le nombre de sites hébergés par l’association Infini, le développement de nombre de magazines, le réseau de rédacteurs au sein des associations et des quartiers constitue un premier résultat concret de cette politique d’accompagnement.
La diffusion d’autres modes d’expression multimédia, la baisse des demandes sur l’écrit journalistique, les besoins en proximité nous amènent à redéployer notre accompagnement.
Perspectives 2006. Vers des formations « à la carte ».
Ces formations qui étaient données au sein de la mairie, sont maintenant réalisées dans les quartiers, au plus près des habitants ou suite à une demande précise comme par exemple former les nouveaux conseilles de quartier.
Ces formations de proximité permettent ainsi de toucher ceux qui ne vont pas d’eux mêmes à une formation tout public ou pour qui la démarche de sortir de son lieu de vie est encore difficile. Ces formation se font alors « à la carte » en rapport direct avec le projet de quartier. L’accompagnement est ainsi plus individualisé et l’implication des services plus importante. Quelques exemples :
l’accompagnement au site de la MPT du Valy hir,
l’accompagnement du journal couleur-quartier,
le projet de journal papier et sur le Web du conseil local de la jeunesse (des formations à l’écrit journalistiques ont déjà été données),
le projet de création de site Internet de quartier d’une association (accompagnement journalistique et techniques de création de site Web),
l’accompagnement à l’écrit des conseillers de quartiers (formations à l’écrit et des formations à l’outil de co-publication - existence d’un journal des conseils de quartier-),
des projets autour de la mémoire de quartier (formations à l’écrit et des formations à l’outil de co-publication - Mémoires de Saint-Pierre).
Apport du projet sur cet axe de la diffusion de l’écrit public.
En proposant des formations à l’écrit et aux outils de publication le projet EXPERT a renforcé le réseau d’acteurs impliqué dans cette appropriation de l’écrit publié sur le web, base d’un élargissement des pratiques autour d’autres modes d’expression multimédias. C’est justement à la conclusion d’Expert que s’est tenue la rencontre « écrits écrans publics - Les expressions multimédias dans la ville » des 25-26 janvier 2006.
Ces deux journées ont rassemblé 200 acteurs brestois et au-delà -Paris, Nantes, Rennes, St Malo, la Belgique- de l’écrit public sous toutes ses formes : journaux de quartier, carnets de voyage, publications sur le Web, vidéos de quartier, TV associatives, radio, webreportage, blogs, photo...
Cette rencontre a permis de faire se croiser les différentes formes de l’écrit public utilisées par les uns et les autres autour de stands d’expositions, d’ateliers et de conférences/débats sur des sujets tels que :
« pourquoi les gens écrivent ? »
« panorama de l’art numérique en France »,
« l’expression des jeunes, blogs et podcasting »,
« comment le travail des écrivains a-t-il été influencé par l’arrivée des outils multimédia ? »
« l’écriture collective, une écriture contemporaine »
« quelle diffusion pour les réalisations locales ? »
Le projet EXPERT a aussi permis de s’interroger sur la place de l’écrit public à Brest. Il a été l’occasion de faire un état des lieux des projets liés à l’écrit public à Brest et plus largement de l’expression publique à Brest.
La ville entend favoriser un apprentissage de l’écrit public qui donne à voir les activités des uns et des autres, met en relation, dynamise le débat public. Apprendre à écrire avec le multimédia sur le web avec la photo, l’image ou la musique sont des habilités des moyens de communiquer dont le service souhaite faciliter l’accès à tous.
À Brest il existe une forte dynamique autour de l’écrit à travers différents réseaux :
un collectif regroupant 15 journaux de quartier,
une rencontre annuelle des journaux de quartier,
des points lecture-écriture dans les quartiers,
une rencontre annuelle autour des carnets de voyage,
un festival du conte,
des écrits locaux comme « au pied de ma tour »...
... qui se prolonge aujourd’hui par une dynamique utilisant Internet et le multimédia : webtrotteurs des quartiers, webtrotteurs des lycées : 200 jeunes des 3 lycées professionnels et général de la cité scolaire de Kérichen)... D’autre part, après l’accès public accompagné, la Ville de Brest soutient depuis 2002 ans une appropriation de l’écrit public sur le Web (cf supra). En deux ans, les pionniers ont laissé la place à de multiples initiatives qui se tissent au fil des ateliers spip, des formations à l’écrit journalistique ou des rencontres des journaux de quartier avec le souci de l’expression des personnes plus éloignées du multimédia.
Le projet de Place Publique Locale.
L’association Place Publique, représentée par Anne Dhoquois, rédactrice en chef du site, propose aux collectivités locales son expertise pour mettre en oeuvre une dynamique citoyenne à travers la création d’un portail Internet local, la Place Publique Locale. La démarche d’écrit ublic a été retenue dans le cadre de l’appel à projet de juillet 2003 du ministère de la recherche. Une des actions proposées en collaboration avec Place Publique, la Ville de Vandeuvre et le groupement de recherche sur les usages M@RSOUIN était de créer cette Place Publique.
La Ville souhaitant favoriser l’expression citoyenne et la coopération entre acteurs locaux a proposé de mettre en oeuvre sur la ville de Brest un site Place Publique Locale brestois.
Les intentions.
« Un site Internet, au service d’une communauté, d’un pays ou d’un territoire, est un vecteur de développement local. Internet au service de la communauté permet de renforcer les liens entre les habitants et de mettre en valeur la richesse locale. »
Ce site apporte :
de l’information (un journal en ligne comprenant des portraits, des brèves, des reportages, mise à jour par les acteurs locaux et notamment les habitants, etc.) ;
un descriptif des initiatives citoyennes locales proposé en auto-publication puis validé par un comité éditorial composé des différents acteurs de la ville (représentants de citoyens, agents municipaux, membres d’associations, animateurs, etc.) ;
une boîte à outils « vie pratique locale » comprenant des informations sur la création d’associations, les partenaires financiers et institutionnels, les communiqués de presse des associations locales, etc.
Place publique proposait une méthodologie pour la mise en place d’un tel projet :
la conduite du projet par un acteur extérieur à la collectivité. Ce regard extérieur que Place Publique propose d’apporter est capital dans la mise en place et l’appropriation par les citoyens d’un nouvel outil de communication. La reconnaissance de l’action de Place Publique, et son engagement dans la société civile, devient un gage de visibilité et de qualité,
la création d’un site "Place Publique locale" sous SPIP, logiciel libre d’édition coopérative très facile d’accès et permettant de développer une cohérence dans la démarche tant sur la technique que sur les contenus,
l’application d’une méthodologie de co-production de l’information. C’est à travers l’appropriation de l’information par les citoyens que le projet de Place Publique locale prend tout son sens. La co-production de l’information s’accompagne donc d’un repérage rigoureux des intervenants, de la mise en place d’un comité éditorial composé des différents acteurs de la ville ou encore de l’élaboration d’un processus de validation du contenu,
la mise en place de modules de formation. C’est dans un souci de formation constante aux techniques du journalisme, que les porteurs locaux du projet pouvaient s’approprier l’écrit et devenir le relais des initiatives locales auprès du plus grand nombre de citoyens,
la mise en place d’une charte de respect et d’engagement sur un certain nombre de principes déontologiques pour favoriser la création d’un "label" de qualité,
la mise en place d’un réseau national ou régional des bonnes pratiques. L’application d’une méthodologie commune à plusieurs villes et la création de sites " similaires " favorisant ainsi l’instauration d’un réseau des Places publiques locales,
la mise en place d’un accompagnement personnalisé. L’objectif à terme était que chaque Place publique locale serait autonome, l’équipe de Place publique assumant sa mise en place et l’accompagnement nécessaire, variable selon les communes.
La mise en œuvre du projet.
L’organisation d’une première réunion en février 2004 réunissant le partenaire Place publique, l’élu en charge de la citoyenneté et des nouvelles technologies, le responsable du service Démocratie Locale et citoyenneté, la chargée de projets concernant l’expression des habitants a permis de :
présenter le projet Place Publique Locale ;
relater leur expérience sur la ville de Vandœuvre ;
lister les différents partenaires qui pourraient intervenir dans le comité éditorial ;
lister les différents réseaux qui pourraient être inviter à la première conférence de rédaction ouverte ;
aborder la refonte du site pour Brest ;
aborder le budget du projet ;
élaborer un échéancier à court terme afin de sortir le premier numéro du magazine pour l’été.
Définition d’un plan d’action.
La conduite du projet est assurée par :
Anne Dhoquois, rédactrice en chef de place Publique, pour l’animation du comité éditoriale et de la conférence de rédaction,
Florence Morvan, pour l’animation du réseau local,
le comité éditorial pour lequel ont été sollicités le collectif des journaux de quartier, le Conseil Local de la jeunesse, Ligue de l’enseignement (FOL), Maison Pour Tous.
Avec le schéma suivant :
| Communication sur le projet à la presse | X | X | |||||||||||
| Recherche de partenaires | |||||||||||||
| Mise ligne d’un magazine | X | X | X | ||||||||||
| Rédaction cahier des Charges site internet | |||||||||||||
| Comité éditorial | X | X | X | ||||||||||
| Conférence de rédaction | X | X | X | ||||||||||
| invitation Conférence de rédaction | X | X | X | X | |||||||||
| Présentation du projet | |||||||||||||
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Mise œuvre / Suivi du projet.
Mise en place d’un comité éditorial.
Le comité éditorial était composé d’acteurs locaux représentatifs de différentes actions, de quartiers divers, de structures existantes... :
un membre de la FOL,
un membre du conseil local de la jeunesse,
un membre de l’équipe des webtrotteurs des lycées,
Jean-Paul Cosme, médiateur du livre à la MPT du Valy Hir, qui mène des ateliers d’écriture avec les habitants au pied des tours des HLM.
Le comité gérait le contenu du site Internet en construction, Place publique locale Brest, média d’expression citoyenne sur la vie locale. A terme, le comité devait évoluer en direction, par exemple, de l’office des sports, de participants à un conseil de quartier... La responsabilité éditoriale, étant, dans la cadre d’un initiative portée par la ville assurée par l’élu en charge du dossier, Michel Briand, Adjoint au Maire de la Ville de Brest.
Le comité éditorial était en charge de valider les articles proposés pour enrichir ce site sur la vie locale brestoise. Il validait en fonction de différents critères : la charte des places publiques locales (texte pouvant être remanié selon les souhaits du comité éditorial), la territorialité, la ligne éditoriale, la déontologie, etc.
Organisation de conférences de rédaction ouvertes.
Régulièrement, des conférences de rédaction ont été organisées réunissant le comité éditorial et des rédacteurs volontaires (personnes ayant bénéficié des formations Ecrit public, membres des journaux de quartiers, réseaux des uns et des autres, etc.)
Ces conférences de rédaction permettaient aux uns et aux autres de proposer des sujets ; ces derniers étaient discutés, affinés et une date de bouclage était alors proposée. Le comité éditorial intervenait en aval sur les articles proposés.
Les rédacteurs qui le souhaitaient pouvaient avoir un compte de rédacteur et un mot de passe sur le site leur permettant de proposer à la publication directement leur papier. Ceux qui n’étaient pas encore habitués à l’outil pouvaient envoyer leur article par mél au service Démocratie Locale et Citoyenneté de la ville.
Formation aux outils de co-publication et à l’écriture journalistique.
L’outil utilisé pour le site était l’outil de co-publication spip. Les personnes non usagers de cet outil étaient invitées à participer aux formations proposées chaque mois par le service Démocratie Locale et Citoyenneté et Infini. Par ailleurs, la ville organisait tous les mois des formations à l’écriture journalistique (comment rédiger une brève, un article, un portrait,...) Ces formations étaient ouvertes à l’ensemble des acteurs locaux.
Quelques éléments de bilan.
Quatre numéros sont parus durant un an1. L’implication de salariés de la ville, de la Fédération des oeuvres laïques indispensables au démarrage n’a pas été suffisant pour créer un courant d’intérêt de la part de bénévoles prêts à s’impliquer dans ce projet.
Le comité éditorial n’a pas su agréger des personnes issues des instances sollicitées ; journaux de quartier, conseils de quartiers, conseil de la jeunesse, associations. L’implication d’une rédactrice du journal de Bellevue a constitué une exception et non le modèle attendu interrompu pour ce qui la concerne pour des raisons personnelles.
Le projet s’est arrêté en septembre 2005 suite à une réunion du comité de rédaction devant la difficulté de trouver de nouveaux rédacteurs. Il est possible aussi que plutôt qu’un élément déclencheur, la multiplication des initiatives autour de l’expression sur Internet à Brest (n’est été une difficulté pour la création d’un lieu supplémentaire qui se voulait fédérateur (web TV, Web radios, webreporters, sites de co-publication, wikis, Blog, agenda d’INFINI, Télévision générale Brestoise, Couleur quartier, Site de la MPT du Valy Hir, Parlons-en)...
La charte de Place Publique qui demande d’écrire sur les autres plutôt que sa structure, son projet (désir d’empêcher l’auto-promotion) est aussi une contrainte pour les rédacteurs.
Le point de vue de Pierre-Yves Brouxel, agent de développement dans une mairie de quartier.
« J’ai été associé au projet Place Publique Brest comme lien entre la Ville et les Conseils Consultatifs de quartiers mis en place à l’été 2003.
La volonté de la Ville sur ce chapitre a été à la fois de faire participer les habitants à la vie des quartiers par l’intermédiaire des Conseils et de rendre compte de leur activité en publiant sur le site : http://www.participation-brest.net, les comptes rendus de leurs travaux. Ce mode de rendu, souvent rédigé de manière administrative, n’offrait pas complètement la possibilité aux conseillers de quartier de faire part de leurs expériences, de leurs projets, de leurs envies.
Le projet place publique dans sa dimension magazine pouvait être un complément intéressant comme lieu d’expression élargie à d’autres acteurs, à d’autres contextes, à d’autres projets.
Ma participation devait être transitoire. Je commençais à faire le lien pour laisser dès que possible ma place à un ou à des membres de conseils de quartier. Des formations à l’écrit leur étaient proposées ainsi que des modules de découverte d’expériences ou de réflexions sur la place de l’outil internet dans la participation des habitants. Cette envie de faire place à des habitants dans le comité de rédaction de Place Publique Brest ne s’est pas concrétisé durant la période de fonctionnement du magazine.
De même que pour le site « participation » ou pour « La lettre des conseillers », ma première difficulté a été d’amener des personnes à écrire. Il n’y a guère de spontanéité en la matière (à de rares exceptions près) et il est souvent nécessaire de solliciter des personnes sans pour autant les amener à écrire à coup sure. Il y a eu quelques contributions mais finalement peu au regard du nombre de personnes investis dans les Conseils de quartier. L’écriture n’est pas chose aisée, les personnes sollicitées ne pensent pas qu’elles ont des choses intéressantes à échanger ou qui peuvent intéresser quelqu’un ici ou ailleurs.
La seconde difficulté semble résider également dans l’outil en lui-même. L’utilisation d’Internet comme support d’un magazine mais aussi comme vecteur d’informations locales ne semble pas encore emporter l’adhésion de beaucoup de conseillers. Alors que le nombre est grandissant de personnes utilisant le courriel pour leur communication avec la mairie, peu d’entres eux se sont inscrits à la news letters du site « participation ».
Au-delà de ces difficultés, qui ne sont pas propres à l’expérience « Place Publique Brest », l’intérêt à mes yeux du travail mené a été l’ouverture et le lien avec d’autres acteurs de la ville : web trotteurs, journaux de quartier, habitants, ... Je pense notamment à la concrétisation d’une idée émise lors d’un comité de rédaction de faire travailler plusieurs quartiers sur une même action « Téléthon ». Je pense également au travail des web reporters sur les « Renc’art » ...
J’ai également trouvé intéressant l’idée de liens avec d’autres « Places Publiques locales »
Mais, j’ai ressenti cette stimulation au sein de l’équipe, je ne suis pas sure qu’elle ait véritablement débordé au-delà.
Le point de vue de Hervé Lestideau, de la Ligue de l’enseignement/FOL 29, sur l’expérience Place Publique Locale.
« Le projet de Place Publique locale à Brest était une action intéressante, dont le seul défaut notable est qu’elle n’a pas fonctionné. Le nombre des articles publiés sur toute la durée du projet, si l’on enlève les contributions des professionnels et les republications, ne suffirait pas à remplir un numéro d’un journal de quartier.
Pourtant les moyens ne manquaient pas, ni en terme de formation, ni en terme d’accompagnement. Le mode d’organisation était intéressant, le fonctionnement du comité éditorial aurait pu être passionnant, s’il y a avait eu quelque chose à éditer.
Une telle organisation au service d’un projet d’expression d’habitants aurait sans doute pu devenir quelque chose de formidable.
L’accompagnement du comité éditorial par une journaliste professionnelle habituée à la formation pouvait être extrêmement intéressant pour beaucoup d’équipes rédactionnelles. Mais ici le projet n’existait pas :
personne n’avait envie d’écrire sur ce site. (Si, pour être honnête, il y a bien eu une personne.)
certains ont consenti à écrire un article, quelques-uns l’ont même fait, mais personne ne s’est approprié ce site qui est resté au mieux celui "de la Mairie", au pire celui "de Place Publique", en tout cas pas celui des brestois.
brestois qui, pour beaucoup, avaient déjà assez de mal à trouver l’énergie pour alimenter leurs propres publications.
La charte graphique, pour finir, n’a sans doute pas contribué à susciter des vocations de rédacteurs ou de lecteurs. »
Le point de vue de Frédéric Bergot, responsable du service Démocratie Locale et Citoyenneté de la Ville de Brest, sur le projet Expert.
« Comme présentée dans le rapport, la Ville de Brest a engagé une démarche d’accompagnement à l’expression des habitants par l’écriture dès 2002.
Dans le cadre du projet, notre rôle à la ville était d’accompagner le projet, de faciliter les échanges, de mettre en réseau l’équipe de recherche de Marsouin et les acteurs sur le terrain.
De ce projet nous avons pu tiré nombre d’enseignements.
Grâce à l’action municipale forte d’accompagnement à l’écriture, nous avons généré une dynamique sur la ville autour de l’expression des habitants. Ainsi, les sites Internet de co-publications et les projets autour de l’expression publique se sont multipliés. Cependant, le fait d’avoir une observation extérieure nous a permis de prendre du recul et conscience des limites de notre démarche autour de l’écrit public. Le fait de passer à l’écriture en ligne reste encore un acte difficile pour bon nombre de personnes. Les projets sont souvent portés par un ou deux individus dans les associations, projets qui peuvent s’éteindre après le départ de ces personnes moteurs.
Le travail d’étude sur les blogs en Bretagne, nous a incité à prendre en compte ce phénomène d’actualité pour lequel à la Ville nous étions encore assez éloignés. Ainsi lors de la rencontre « écrits-écrans publics », nous avons souhaité organisé des échanges autour de ce concept. La Ville envisage de pouvoir accompagner cette forme d ’écriture en proposant prochainement un service de plate-forme de blogs en lien avec l’association Infini afin de ne pas laisser ce champ de d’activité uniquement aux opérateurs privés.
La mise en oeuvre de Place Publique Locale à Brest fût également une expérience enrichissante, humainement et professionnellement parlant, qui a permis à quelques habitants ou professionnels d’écrire des articles de grande qualité. Cependant, le projet n’a pas suscité une grande implication des habitants malgré les tentatives de mobilisation. Sans doute parce que la ville propose déjà un nombre important de moyens d’expression, sans doute aussi parce que la charte éditoriale du site est assez stricte (pas d’auto-promotion) le site Place Publique Locale n’a pas connu un grand engouement malgré la qualité des personnes qui accompagnaient le projet au sein du comité de rédaction.
Enfin, le fait de pouvoir travailler ensemble entre professionnels d’origines diverses, professionnels de collectivités, d’associations, chercheurs, journalistes est toujours très riche d’enseignements. Les échanges d’expériences, de points de vue ont été nombreux tout au long du projet, ensiegnements qui nous ont permis à la Ville de faire évoluer notre action politique. »
Le point de vue de Michel Briand, élu en charge de la citoyenneté, la démocratie locale et les nouvelles technologies.
« Le projet Expert a permis à la ville de Brest de renforcer l’action de diffusion de l’écrit public, et les dizaines de sites de publication et de co-publication hébergés par l’association Infini (on connaît moins bien les autres) sont déjà un beau résultat, tout comme le fonctionnement de quelques magazines qui ont su agréger plusieurs dizaines de rédacteurs et une audience élargie au delà de Brest.
L’initiative d’une place publique brestoise a été arrêtée au bout de 18 mois, mais la compréhension des difficultés rencontrées nous fait également avancer.
C’est sur ce point aussi que le projet Expert aura été un enrichissement. Le dialogue engagé avec Olivier Trédan ( M@rsouin ) nous a aidé à avancer sur les questions difficiles de l’expression publique.
Nous avions initialement conçu la démarche « écrit public » comme un prolongement de l’action sur l’accès public. Mais la diffusion a été différente : dans les services publics, permettre à chacun-e d’écrire sur le Web est une façon de fonctionner éloignée des pratiques ordinaires fortement marquées par un fonctionnement hiérarchique et un cloisonnement de l’information. Très peu de villes se sont impliquées dans un mouvement analogue à l’écrit accompagné alors que l’accès public est devenu un champ d’intervention répandu en France.
Nombre d’associations ont utilisé les outils proposés dans cette démarche mais il faut assumer la modestie d’une politique publique locale quand on voit l’essor spontané des carnets semi-publics semi-privés que sont les blogs de jeunes.
Je serai plus nuancé qu’Olivier Tredan sur le caractère « contraignant » de l’écrit journalistique ou du moins je reste persuadé, peut-être par attente personnelle aussi, qu’il correspond à un besoin d’une partie des acteurs, même si d’autres formes d’expression sont à développer également. Cet élargissement a été intégré dans la politique publique avec la mise en place depuis deux ans de formations à la vidéo légère pour les animateurs de quartier ou des cybercommunes, le développement d’une plate-forme de publication vidéo et la création d’un groupe sur les radios numériques, (la mise en place d’un serveur de blogs a aussi été proposé à l’’association Infini).
Plusieurs textes ont été écrits pour rendre compte de cette démarche d’écrit public dans la ville dont celui publié par « Enjeux de mots » 1 en quatre langues lors du Sommet Mondial de la Société de l’information..
Comme l’accès public a eu l’effet second de diffuser l’ouverture aux outils d’internet dans les services publics locaux, la démarche écrit-public a contribué à élargir le réseau des personnes concernées par l’expression publique, au sein des réseaux associatifs et de service public.
Le succès des rencontres autour de l’écrit public nous conforte dans l’intérêt de prendre en compte une large gamme de mode d’expressions tant sur les formes (carnets, blogs, haiku cartoons..) que dans les médias utilisés (vidéo, audio, journaux, Web ..).
Et au terme de ce travail sur l’écrit public nous ressentons le besoin de prolonger la réflexion sur les conditions de l’expression publique dans la cité. Les nouvelles initiatives de co-production d’’une encyclopédie-atlas carnet « wiki-brest » au pays de Brest, de travail sur les mémoires offrent de nouveau champ d’études à parcourir. »
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Le développement des usages de l’Internet a fait émerger l’importance des dynamiques d’auto-publication (blogs) ou de co-publication. Caractérisé par la simplification des logiciels de publication, ce nouvel essor de l’Internet est marqué par l’importance des sites personnels ou collectifs dans divers domaines, de la diffusion de l’intimité dans l’espace public aux sites favorisant l’expression des citoyens.
C’est ce développement qu’il convient d’interroger, à la fois dans une dimension spatiale et temporelle. Spatiale, puisque le renouvellement institutionnel favorisant l’exercice d’une citoyenneté active s’ancre dans un local pratiqué. Temporelle, puisque l’expression citoyenne n’est évidemment pas chose nouvelle apparue ex-nihilo, que ce soit par la mise en œuvre d’un dispositif législatif ou par la diffusion des usages de l’Internet. Les formes de l’expression citoyenne sont multiples et variées comme le laisse entrevoir le terrain brestois. Face aux sites Web d’expression publique perdurent des supports médiatiques plus traditionnels (gazettes de quartiers, télévision locales...). Le véritable phénomène à étudier serait alors le passage d’un mode de communication à l’autre. Dans quelle mesure les actions publiques en faveur de la diffusion d’un objet technique ont changé les habitudes de publication ? Comment se déroule ce passage ; si passage il y a ? Ou au contraire, quelles sont les résistances qui se jouent autour de la diffusion des usages de la co-publication ?
La démarche de Place Publique dans un cadre localisé, Brest et Vandœuvre-lès-Nancy, interroge les dynamiques d’expression citoyenne dans un processus de transcription des paroles citoyennes en ligne. La présente étude a en effet pour fonction de mesurer la pertinence des outils utilisés pour favoriser cette prise de parole publique. Les évolutions observables dans les dynamiques de production de l’information et dans les modalités de mise en circulation permettent ainsi d’interroger à la fois l’ergonomie des produits mis en place, mais aussi les représentations quant à la prise de parole en ligne. L’hypothèse induite est une perception d’un support médiatique adapté en fonction de la finalité de la publication.
La position de l’association Place Publique soulève ainsi une série d’interrogations. Elle est porteuse d’une double expertise. Elle forme le public aux techniques d’écriture journalistique, puis les encadre dans un espace de publication centré sur les villes, les Places Publiques Locales. Le rapport idéalisé au journalisme, cheville ouvrière de la démocratie, va structurer les expérimentations menées sur les deux terrains. Le préalable à l’écriture publique en ligne est en effet la formation aux règles de la pratique journalistique. L’observation des pratiques d’écriture développées par les écrivants publics dans les quartiers permet alors de mesurer les écarts entre les velléités de Place Publique de former un public à l’écriture journalistique et les attentes d’un public majoritairement investi dans l’espace public local. La démarche de l’association prétend renforcer l’efficacité rédactionnelle des rédacteurs locaux par l’acquisition de savoir-faire développés dans un cadre professionnel.
La fonction de l’écriture publique se retrouve interrogée dans un cadre localisé. Il est en effet nécessaire d’appréhender les démarches d’écriture publique dans le cadre de la ville, notamment en prenant en considération les différentes territoires intermédiaires qui la composent. Le cas brestois nous apprend effectivement le développement de démarches dans un cadre de proximité, où se développent des réseaux sociaux autour d’un vécu et d’une identité de quartiers partagés. Moins qu’une démarche journalistique, la fonction des écrits de proximité assurerait une double fonction : celle de la représentation d’intérêts localisés et de l’entretien d’identités particulières, au sein d’espaces publics autonomes. Dans cette veine, nous émettrons que cette expression publique nécessite au préalable un processus de légitimation de ces écrivants ; récusant par la même l’idée d’une expression publique généralisable.
L’expérimentation de Place Publique interroge les processus d’une expression publique en ligne, dans le cadre d’espaces de publication préalablement développées :
Elle interroge les résistances face à la diffusion des usages de l’Internet, observables en particulier chez des acteurs insérés dans un tissu social peu propice à l’appropriation de l’Internet ; Elle met en lumière les contradictions inhérentes entre la mise en place d’un cycle de formations en vue de l’adoption des règles journalistiques et des acteurs qui cherchent partiellement à se départir d’un modèle d’écriture normé ; Le développement de l’écrit public dans le cadre de territoires interroge l’unicité de l’espace public local. La démarche de Place Publique repose effectivement sur le présupposé d’un contexte local pacifié, marqué par l’absence de tensions internes à la Ville.
Réfléchir sur les dynamiques d’écritures publiques et plus largement l’expression citoyenne ne peut bien entendu faire l’économie d’une réflexion sur la démocratie locale. Il ne va effectivement pas de soi de découpler ces écrits des initiatives menées en faveur de la consultation des habitants, quelques soient les formes et modalités choisies. L’information produite, émanant de collectifs ou d’institutions publiques, joue un rôle éminemment important dans la structuration d’un espace public local. Les procédures de consultation mises en place jouent un rôle d’évacuation de la conflictualité1. De plus elles favorisent les procédures d’institutionnalisation de collectifs au sein d’un espace publique « légitime ». Mais l’expression citoyenne ne peut se résumer à cette seule dimension procédurale.
Bien au contraire, l’analyse de l’écrit public, sous son double statut d’action publique et d’initiatives des citoyens, nécessite de prendre en compte les multiples manières dont les acteurs définissent, perçoivent et pratiquent leur engagement dans l’espace public, tout autant que leur appartenance à des collectifs. Cette approche nécessite alors de prendre en compte les obstacles rencontrés par ces acteurs et les possibilités qu’ils créent. Les dynamiques ainsi développées doivent nécessairement être prises en compte avec leur contexte de production. Cet ancrage local structure et alimente les processus de production, de même qu’elles influent sur la perception de l’espace local. Cette remarque aboutit nécessairement à affirmer l’importance des territoires de proximité, territoires vécus, dans les processus de production de contenu médiatisé.
Il est effectivement aisé de postuler l’existence d’un espace public, révélé par procédures institutionnelles mises en œuvre. Le singulier ici s’impose pour caractériser les démarches développées : Conseils de quartier, groupe coopératif autour de la diffusion de la culture numérique ou Place Publique. Or, l’observation des démarches d’écriture publique laisse davantage supposer une multiplicité d’espaces publics locaux, en particulier dans le cas brestois. Néanmoins, notre problématique n’est pas d’analyser directement ces espaces publics en action2. Nous cherchons davantage à montrer l’importance du rôle de l’information produite et mise en circulation dans un espace social restreinte. Cette circulation réticulaire - notamment par ce que l’information transite par des relais sociaux de proximité - aboutit à la structuration d’espaces publics locaux relativement autonomes, où se conjuguent affirmation de collectifs particuliers à travers la reconnaissance de l’action menée par le collectif et par la collectivité élargie.
Dans ce sens, l’espace public local constituerait moins une scène unifiée et animée par le pouvoir local que des théâtres autonomes de luttes où les groupes cherchent à assurer leur reconnaissance. L’espace public pris dans le sens d’une scène d’apparition nécessite alors de prendre les acteurs sociaux en leur qualité d’agents, non pas uniquement considérer les écrivants publics comme parfaitement rationnels dans leurs moyens et leurs fins, mais que leur action est également influencée par leur position occupée dans l’espace social. Il est alors nécessaire de ne pas s’intéresser uniquement aux motivations exprimées par les acteurs, mais également aux systèmes de représentation qui conditionnent leurs actions. De quelle légitimité disposent les acteurs en présence ? Dans quel cadre et par quel processus est-elle socialement construite ?
Cette caractéristique de l’espace local divisé en espaces publics locaux relativement autonomes, au sein desquelles se construisent et se résolvent des problèmes publics de proximité, interroge de la sorte la démarche Place Publique au niveau local. Dans quelle mesure le projet est-il adapté au terrain local. Ou plus exactement, nous émettons l’hypothèse d’un modèle d’organisation éditoriale qui repose sur une gestion centralisée en inadéquation structurelle avec les réalités d’une prise de parole publique autonome et décentralisée. En d’autres termes, la négation des spécificités des initiatives prises dans les espaces de proximité aboutirait à une autre négation de la part des acteurs investis dans ces micro-territoires. De ce point de vue, le point de cristallisation se concentre autour du concept de « refus d’auto-promotion » posée par Place Publique comme préalable à toute démarche journalistique, alors que cette même auto-promotion (ou plus exactement auto-valorisation) constituerait la raison d’être de l’investissement des journalistes amateurs. Place Publique constituerait davantage une scène de médiation au sein de l’espace public local en vue de mise à l’agenda de problèmes publics et de théâtre pour la mise en visibilité d’actions collectives, qu’un espace où pourrait se créer ex-nihilo une nouvelle forme d’expression citoyenne, basée sur un investissement distancié à l’égard de toute participation à des réseaux de sociabilité.
La démarche de Place Publique, couplée d’une action publique visant à développer l’écrit public en ligne, nécessite une mise en perspective. Cette prise de distance permet de mieux cerner le processus de production d’une action publique particulière. Cette déconstruction vise à mettre en lumière le rôle joué par chacun des participants.
Dans le contexte localisé brestois, l’élu référent pour la mise en œuvre d’une politique publique en faveur d’une citoyenneté active se retrouve en position de médiateur3. Dans cette perspective théorique, les médiateurs, individus ou institutions, sont entendus comme des « agents du transfert, les traducteurs qui permettent [ à des univers sociaux] de se parler l’un à l’autre. [...] Chacun à leurs manières, ils ont été des traducteurs, prélevant des informations dans une sous-culture et les transformant en données compréhensibles pour une autre.4 »
Cet acteur central dans le développement dans l’action publique en faveur de l’appropriation sociale des nouvelles technologies se retrouve ainsi aux frontières de trois univers sociaux. Universitaire, il occupe une fonction de directeur de la formation au sein de l’ENSTB [Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications de Bretagne]. Politique, il est élu Vert et adjoint au maire de Brest (démocratie locale, citoyenneté et nouvelles technologies). Associatif, on le retrouve proche du tissu associatif local et co-fondateur d’associations nationales, dont l’action est centrée sur la diffusion des usages de l’Internet (I3C, Créatif...).
Le caractère pilote de la ville de Brest en matière de diffusion des usages de l’Internet peut ainsi s’analyser à travers ces différentes fonctions occupées. L’action mise en œuvre s’affiche ainsi comme le résultat des transferts d’informations d’un système à l’autre5. Ce transfert se concrétise par une activité de décodage et de recodage d’informations propres aux différents systèmes. Sa proximité cognitive avec les aspects techniques et stratégiques de l’Internet (connaissance et maîtrise des outils logiciels ou militant en faveur de la non-brevetabilité des logiciels libres) lui permet d’influer sur l’action publique locale. Plus précisément, il agit comme un traducteur, au sens de vulgarisateur, de l’information propre à l’univers de l’Internet citoyen vers l’espace politico-administratif local. Ces mêmes interactions se développent en lien avec les autres univers et interagissent, secteur associatif (« société civile ») et sphère politico-adminsitrative, à l’échelle de Brest.
Ces dynamiques de traduction s’inscrivent dans un double flux d’informations d’un espace social autonome à un autre, dans un mouvement rétroactif entre local et global. Le local, ici le contexte administratif et social brestois, sert de terrain d’expérimentation pour une mise en œuvre d’une politique locale, dont l’idéologie s’inspire des argumentaires développés dans le cadre de forums et d’arènes nationaux6. Local et global rétroagissent à travers ce flux d’informations, où l’information globale se transforme en actions locales, et où l’observation des expérimentations locales alimente une réflexion globale.
Concernant l’action mise en œuvre autour de l’ « écrit public », la fonction de médiateurs occupée entre plusieurs systèmes s’appuie sur d’autres médiateurs, secondaires, au sein de systèmes plus spécialisés. Localement (par exemple, l’association Infini, hébergeur local et relais pour la mise en place de formations à la co-publication sous SPIP), ou au sein de réseaux nationaux (Place Publique pour la diffusion d’une expression citoyenne), ces médiateurs sont des relais pour la diffusion d’usages de l’Internet. Ces deux acteurs ne constituent que quelques exemples parmi des cas plus nombreux, mais illustrent cette dynamique entre local et global, partie prenante d’une action publique sur le développement de l’expression citoyenne en ligne7. Ces rôles d’interprètes mettent également en lumière l’importance des idées dans les dynamiques de changement : l’équité d’accès et d’appropriation des technologies de l’information et de la communication, la prise de parole publique sur support multimédia. Cette expression est permise par un apprentissage dans le cadre de formations publiques et gratuites. Plus largement, l’idéologie s’enracine dans une tradition démocratique, reposant sur le pluralisme des idées en présence et sur leur diffusion par des canaux appropriables par tous. Il est alors significatif de rappeler que l’idée de formation à l’écrit journalistique d’un public profane a été co-construite par une journaliste (Place Publique) et l’élu référent.
Cette même observation est possible, quoique plus institutionnalisée, sur le terrain vandopérien. Maire et responsables de services au sein de la collectivité joue cette même activité de médiations. La dynamique locale autour de l’Internet s’ancre, dans le cas de Vandœuvre, dans une problématique de modernisation des services municipaux, centrée sur la réduction de la distance administration - administré , davantage qu’élu - citoyen. De fait, le rôle de Place Publique au sein de l’action engagée pour l’usage de l’Internet apparaît davantage secondaire. La valeur centrale portée au sein du dispositif repose sur une conception gestionnaire de la municipalité. Les citoyens sont intégrés dans le cadre de procédures de consultation, incités à faire valoir leur expertise issue de la pratique de la ville.
Pour l’étude du développement d’une expression publique « citoyenne » sur les territoires de Brest et de Vandœubre lès Nancy, notre démarche a été de procéder à une enquête qualitative sur la base d’entretiens semi-directifs. Ils ont été réalisés autant auprès des pratiquants de l’écriture publique que des acteurs institutionnels chargés partie prenante de l’animation d’une politique publique en faveur de l’expression citoyenne en ligne.
Un préalable nécessaire est bien entendu la maîtrise des terrains locaux. Notre démarche, en vue de constituer un corpus représentatif, implique une connaissance précise du contexte local propre à chacune des deux villes. Ce travail réalisé en amont permet ainsi d’éviter un écueil important. Se focaliser de manière trop limitée sur les expériences institutionnalisées ou montrer en exemple par la collectivité implique un risque de surévaluer leur importance. Ces expériences ne révèlent ni la diversité, ni la complexité des situations d’écriture publique et risquent d’occulter des initiatives davantage représentatives. De la même manière, il faut être vigilant sur les réalisations qui s’intègrent dans le tissu local, mais qui ne donnent pas lieu à une communication importante. Cette méthode s’est avérée être plus simple à mener sur Brest que sur Vandœuvre, principalement du fait d’une connaissance ancienne des expériences menées sur le terrain brestois. D’autres raisons peuvent être avancées, tout en soulignant les orientations méthodologiques choisies.
Une première approche pour appréhender le terrain local consiste à observer le local par le biais de l’Internet. Cette méthode permet effectivement de prendre connaissance en particulier des initiatives prises en matière d’expression ou d’animation de collectifs par le biais d’un usage de l’Internet et le développement d’un site Internet. Cette pratique est largement simplifiée dans le cas Brestois, où le service Démocratie Locale et Citoyenneté anime deux sites de co-publication, une ressource informationnelle sur les expériences développées localement, le plus souvent en lien avec l’Internet. Pour l’exemple, l’appel à projets multimédia8 organisé par la Collectivité constitue une première base de données sur les actions locales. D’autres collectifs, tel que la Ligue de l’Enseignement - FOL29, prennent également le soin de communiquer les initiatives locales des habitants. Nous avons ainsi pu bénéficier des différentes informations relatives au Collectif des journaux de quartiers.
Il est toutefois bon de souligner les déconnexions observables entre ce que la manière dont le tissu local s’offre à voir sur Internet et la réalité des activités locales. La création de sites Web est le plus souvent le fait de collectifs bénéficiant d’une représentativité limitée dans l’espace local. L’Internet permet à des acteurs de communiquer par ce canal, pour combler partiellement les difficultés d’accès aux médias traditionnels. A l’inverse, nombre de collectifs représentatifs ne jugent par forcément bon de développer leur propre outil de communication. Ce décalage entre tissu local réel et tissu virtuel nécessite de recourir à d’autres voies pour parfaire la connaissance des terrains d’études. Celle-ci est apportée par quelques entretiens réalisés en amont auprès des acteurs administratifs chargés du suivi et de l’animation des actions publiques en faveur des dynamiques de prise de parole publique, notamment dans le cadre des démarches de démocratie participative.
Notre étude prenant appui sur l’expérimentation menée par Place Publique à Brest et à Vandœuvre lès Nancy, les écrits publiés offrent une base supplémentaire en vue de la constitution d’un corpus d’entretiens. La consultation des deux sites d’expression citoyenne a fait l’objet d’un recensement afin d’identifier les acteurs les plus prolixes. L’organisation de Place Publique forme une autre entrée pour identifier les acteurs les plus investis, dans le cadre du Comité de rédaction. Cette entrée permet à la fois de comprendre les objectifs du projet - à Brest, la mairie est largement représentée dans le dispositif - et de connaître les acteurs les plus investis dans les démarches d’expression publique - à Vandœuvre, les correspondants de secteur. Les formations à l’écriture journalistique constituent enfin une dernière base de données. Nous avons sélectionné quelques acteurs ayant participé à ces formations, en croisant cette information avec celles disponibles sur ces acteurs (investissement associatif, participation à des démarches d’écriture autonomes, liens existants avec d’autres associations ou les collectifs institutionnalisés - par exemple le groupe Citoyenneté et nouvelles technologies9 brestois).
Il est nécessaire de rappeler que la composition d’un corpus, construit partiellement à partir des acteurs participants aux Places Publiques Locales, ne vaut qu’au moment de sa composition. Il ne peut en effet prendre en compte les évolutions ultérieures constatées. Soulignons comme exemple le remplacement de certains membres du Comité de rédaction de Place Publique Vandœuvre. Ce turn-over a pour conséquence de réduire la place des Correspondants de secteurs, acteurs sur qui repose la démarche locale de démocratie participative, dans le Comité de rédaction. Cette évolution, tout comme l’arrivée de nouveaux participants, ne peut évidemment être prise en compte.
Les corpus constitués regroupent 40 entretiens, respectivement 26 sur Brest et 14 sur Vandœuvre lès Nancy. Ce corpus tente ainsi de couvrir l’ensemble des aspects soulevés par les dynamiques d’écriture publique. Nous avons rencontré plusieurs animateurs de sites développés sous SPIP. L’écrit public ne pouvant se résumer à la dimension de l’Internet, nous avons également cherché à rencontrer les écrivants publics participant à des démarches d’expression citoyenne, tel que les journaux de quartier. L’objectif était moins de les interroger sur leurs pratiques de l’Internet que de comprendre la manière dont leur démarche s’articulait avec le contexte local. L’écrit public constituant une politique publique menée sur les terrains brestois et vandopériens, nous avons interviewé les différents protagonistes : élus, personnels administratifs, animateurs socio-culturels, associations para-municipales.
Nous avons donc adopté une démarche sur la base d’entretiens semi-directifs. Cette méthode s’est doublée dans certains cas d’une observation participante, lorsque celle-ci était possible. En effet, quelques entretiens réalisés depuis le domicile des enquêtés ont permis d’observer la pratique de l’Internet des usagers devant leur ordinateur personnel. Une autre observation a pu être menée dans le cadre d’une « conférence de rédaction » du journal de quartier de Bellevue, quartier brestois. Cette dernière méthode a permis de mieux cerner le rapport entretenu à l’informatique par une population majoritairement résidant dans des quartiers d’habitat social. De même, l’observation d’une réunion de journal a permis de mettre au jour des tensions tues dans le discours que les acteurs portent sur leur propre activité.
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Après Libération et ses blogs, un autre quotidien à mettre le nez dans les blogs : Le Figaro. Rien de sensationnel, pas de plateforme de création de welogs en vue. Juste une présentation du phénomène, comme source d’informations alternatives au médias américains traditionnels, qui n’inspirent plus confiance outre-atlantique.
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Rubrique : {Recherche}
L’évènement méritait d’être signalé. Skyblog vient de franchir la barre des 2 millions actifs. Le phénomène est d’autant plus intéressant que la plate-forme dispose d’une identité médiatique forte.
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Les publicitaires s’intéressent de plus en plus au modèle interactif du blogging. "On passe d’une communication de masse à sens unique, l’"interruption marketing", à une communication ciblée avec dialogue, l’"interaction marketing". La méthode comporte ses risques car si le produit est laisse à désirer, les lecteurs n’hésiteront pas à critiquer à juste titre. Cependant dans certains cas, les critiques trop négatives ont permis de limiter les pertes en stoppant la commercialisation du produit... Ce genre de campagne est donc à priori réservé pour des produits présentant un minimum d’intérêt face à des consommateurs avertis. Le "feed back" obtenu permet de mesurer le niveau d’appréciation du produit par les consommateurs et surtout de comprendre ce qui plaît et ce qui ne plaît pas afin de corriger les défauts et appuyer la promotion de l’offre sur les points positifs retenus."
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Fotolia.com propose aux photographes amateurs ou professionnels, de devenir "journalistes amateurs" et de partagez leur passion sur http://blog.fotolia.com en nous faisant parvenir des articles ou communiqués à redaction@fotolia.com
Fotolia offre aux photographes amateurs et professionnels la possibilité de vendre en ligne leurs plus beaux clichés et leur propose quotidiennement via son blog un magazine d’actualité sur l’univers de la photographie.
Dès aujourd’hui, Fotolia leur laisse en plus la possibilité de faire partager leur passion en proposant, via l’adresse redaction@fotolia.com, des articles ou des sujets d’articles (tutoriels, sites internet, expos, concours, infos, tests, interviews), ainsi que toutes les informations intéressantes liées à la photographie.
En pratique, il suffit de composer un article original (et éventuellement d’indiquer les sources) ou un texte de présentation et notre équipe rédactionnelle se chargera de le mettre en forme et de le publier. La langue peut être le français, l’anglais, l’allemand ou l’espagnol.
L’article sera publié sur le blog sous le nom de son auteur, visible par plus 2000 visiteurs uniques par jour (en progression de 100% par mois) et éternellement accessible en ligne dans la catégorie appropriée.
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Le Minsitère de l’écologie vient de lancer son blog sur l’eau. L’objetcif de cet "écoblog" : -"Nous allons publier ici régulièrement de bonne pratiques citoyennes, industrielles ou agricoles, et vous pourrez les commenter, ou, mieux encore, nous soumettre vous-mêmes d’autres bonnes pratiques que vous aimeriez partager avec nos concitoyens.
L’eau est un bien (commun) plus précieux qu’il n’y paraît et que, oui, sans être démagogique, chacun peut contribuer à sa mesure à améliorer la qualité de l’eau. C’est pour cela, qu’il nous a semblé intéressant d’utiliser un outil comme le blog pour mettre en commun toutes ces bonnes idées, et en faire profiter le plus grand nombre."
Et entre Philippe Pinault et Loïc Le Meur, le Ministère a penché en faveur de Blogspirit.
Voir en ligne : Le blog du Ministère
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[1] Quelques sites communaux relevant de l’expression citoyenne en France : à Montrouge (92) : http://www.montbouge.net/, sur la communauté d’agglomération Berre-Salon-Durance : http://www.cabsd.com/, le Romanais : http://leromanais.free.fr,, Brest-ouvert : http://www.brest-ouvert.net et mon puteaux : http://www.monputeaux.com
[2] Voir l’article présentant la rencontre ou l’espace coopératif wiki de préparation.
[3] Voir la rubrique présentant ces appels à projets et les projets soutenus chaque année dans la rubrique du magazine a-brest.
[4] Voir à ce sujet la ronde des sites coopératifs qui recense [quelques dizaines de sites ouverts à une forme de participation-http://www.a-brest.net/article5.html].
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